C’est au pied du mur qu’on voit les maçons. Et ils étaient nombreux, ce lundi 30 novembre 2009, à braver un petit mistral frisquet pour manier la truelle sur le môle J4 du port de La Joliette, à Marseille. Que du beau monde, autour de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture.
La première pierre du bâtiment est posée, et le destin du MuCEM à Marseille enfin scellé. Le projet lancé, il y a dix ans, par Michel Colardelle, précédent directeur du musée, a survécu à six ministres de la Culture, à tous les retards et aux recours de riverains. Devenu chantier présidentiel, en contrepoint de l’Union pour la Méditerranée, et piloté, depuis cet automne, par un nouveau capitaine, Bruno Suzzarelli, le MuCEM sort enfin de terre. « Depuis mon arrivée en poste, il y a cinq mois, j’ai fait de l’avancement de ce chantier une des priorités de mon ministère », a rappelé Frédéric Mitterrand. Après avoir remercié Michel Colardelle pour son travail, le ministre a précisé sa pensée en affirmant : « Nous faisons beaucoup plus que poser la première pierre d’un équipement culturel (…), ce musée doit être le lieu-matrice d’une Méditerranée pleinement réconciliée ».
Dans la première pierre, a été enfermé un parchemin portant la signature de Frédéric Mitterrand, de Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, de Michel Vauzelle, président du Conseil régional, de Jean-Noël Guerrini, président du Conseil général, de Guy Teissier, président d’Euroméditerranée, et celle de Bruno Suzzarelli
Un musée d’un nouveau genre
Frédéric Mitterrand a tenu à dévoiler lui-même le contenu des deux expositions inaugurales : « Le noir et le bleu, le rêve méditerranéen » et « Masculin-féminin, le genre en question ». Bruno Suzzarelli a précisé que la première de ces grandes expositions mettra en scène les perceptions de la Méditerranée depuis le XIXe siècle, tandis que la seconde sera plus ethnologique. Il est également prévu d’y associer des artistes invités.
Rappelons que le MuCEM sera un musée d’un nouveau genre, articulé autour de trois espaces. Le môle J4 sur lequel commence la construction d’un grand bâtiment, a été confié à l’architecte Rudy Ricciotti. Ses deux grands plateaux accueilleront expositions, concerts, colloques, forums… ainsi que des lieux de convivialité et une librairie. Le Fort Saint-Jean, sentinelle en pierre blanche placée à l’entrée du port par Louis XIV, sera réhabilité et ouvert au public, qui en fera certainement un lieu de promenade chargé d’histoire, dominant la rade, les ports et la vieille ville. Sur les hauteurs de la Belle de Mai, à proximité de la caserne du Muy, une autre création architecturale, confiée à Corinne Vezzoni abritera à la fois les importantes réserves du musée et un centre de ressources documentaires, qui sera également ouvert au public.
L’ensemble du projet devrait coûter 175 millions d’Euros, dont 60 % à la charge de l’État, le reste étant financé par les collectivités territoriales.
Un matériau révolutionnaire
Si la première pierre est un parpaing, le bâtiment du môle J4 sera construit dans un matériau nouveau, jamais encore utilisé à une telle échelle : le béton fibré ultra-performant (Befup) C’est un béton rendu particulièrement résistant par l’emploi de fines aiguilles de métal, en remplacement des tiges épaisses habituellement utilisées. Cette technique permet, notamment, de réduire l’épaisseur des piliers et des murs, sans nuire à la solidité de l’ensemble. « Ce sera le chantier le plus sophistiqué en France aujourd’hui du point de vue constructif », a tenu à ajouter Rudy Ricciotti.
Compte tenu des contraintes de temps, puisque les deux bâtiments, celui du J4 et celui de la Belle de Mai devront être livrés à l’automne 2012, ce sera également le chantier de l’exploit.
Dans le reportage photo de la cérémonie : Frédéric Mitterrand, Jean-Claude Gaudin, Michel Vauzelle, Guy Teissier, Michel Pezet, Renaud Muselier, Rudy Ricciotti.
Philippe Nieto
